« L'Homme qui marche debout»

Nicolas Mercorelli a vingt-sept ans. II a été amputé d'un pied à la suite d'un accident de moto et veut produire un film pour la télévision. Le film sur ceux qui lui ont permis de marcher debout: le docteur Ménager et toute l'équipe du centre de rééducation et d'appareillage de Valenton. unique en France. Un film qu'il a naturellement intitulé « L'Homme qui marche debout».

Nicolas Mercorelli : "L'homme qui marche debout"
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La vidéo du film « L'Homme qui marche debout» prochainement

Article paru dans la revue Être-Handicap Information en Juillet-Août 1994.
Le film produit en 1995 a été diffusé par plusieurs chaînes de télévision dont Planète.

Nicolas Mercorelli n'est pas encore l'homme qui marche de bout en ce jour gris de novembre 1992 où la vie lui joue un de ses mauvais tours. C'est un jeune homme de vingt-sept ans, bon vivant, passionne, qui travaille depuis quelques mois comme assistant réalisateur â la télévision. Accident de moto banal et stupide. Son pied gauche est si gravement touché qu'il faut l'amputer. A l'hôpital de Gonesse, il rencontre le docteur Domenico Ménager du Centre de rééducation et d'appareillage de Valenton, en région parisienne. Rencontre capitale pour Nicolas. Le docteur Ménager, spécialiste des amputations et de l'appareillage des amputes, supervise l'opération avec les médecins de Gonesse. Objectif: appareiller très rapidement Nicolas. Quinze jours plus tard, il accueille Nicolas à Valenton et l'équipe aussitôt d'une prothèse provisoire en plâtre.

L'homme qui marche debout est en train de naître. « Le CRA de Valenton est un endroit extraordinaire. Des l'arrivée, on y bénéficie d'une prise en charge modèle. En 48 heures, j'étais adopté. II n'y a que des amputés a Valenton, et il y règne une solidarité étonnante. Moralement, c'est excellent pour les patients. Physiquement, des le premier jour, on vous oblige de crapahuter partout, à pratiquer la natation et même l'escalade pour faire "oublier" l'absence du membre amputé », raconte Nicolas. Pendant 45 jours, sa prothèse de plâtre sera modifiée chaque jour pour corriger les problèmes d'adaptation. Une deuxième prothèse est alors mise en place. II s'agit d'un appareil encore provisoire. II sera porté pendant deux ou trois ans seulement, avant la prothèse définitive. « Pendant ces deux ou trois ans, les fibres et les muscles du moignon s'atrophient, surtout la première année. C'est cette deuxième prothèse que je porte aujourd'hui. » A vrai dire, si l'on ne connaît pas l'histoire de Nicolas, impossible de deviner que son Jean cache un membre en fibre de carbone. Nicolas est devenu l'homme qui marche debout. « Ce qui fait que le Centre de Valenton est unique, mis à part l'extraordinaire compétence et la chaleur humaine du personnel d'encadrement, c'est qu'on y est lié pour la vie. Au moindre problème, on peut y aller, même pendant plusieurs jours, pour faire modifier sa prothèse. II n'y a pas de limite aux interventions. C'est une garantie à vie. Les prothésistes privés, eux, ne réalisent que trois prothèses successives. Après, à vous de vous débrouiller, et surtout, d'en supporter les frais. » Nicolas sourit, puis fronce les sourcils et accuse : « Quand on connaît le prix d'une prothèse, on ne s'étonne plus que ce soit devenu un commerce très lucratif. A Valenton, les prothèses sont fabriquées dans un atelier interne et coûtent 30 % moins cher. S'il y avait un tel centre dans chaque région, cela réglerait définitivement le problème de l'appareillage des amputés. Les privés feraient faillite. Pas étonnant qu'il y ait un lobby important qui veille à ce que cela n'arrive surtout pas! »

«Une sacrée hypocrisie» 

Mais le problème existe en amont, au niveau de la notion même d'amputation. « Beaucoup de médecins et de chirurgiens répugnent à amputer. Pour eux, c'est un aveu d'échec. Alors, ils le font souvent a contre-coeur et donc mal, laissant les nerfs d ras, comprimés par le moignon et causant une douleur extrême. J'ai eu une chance incroyable de rencontrer le docteur Ménager. Lui prévoit quel type d'amputation s'impose en fonction du membre concerné, de l'endroit atteint. il fait sectionner les nerfs bien au-dessus du moignon. II lui est souvent arrive de faire réamputer des patients pour cette raison. Médecins et chirurgiens se déchargent de leurs responsabilités sur lui. II en est tout a fait conscient, mais l'accepte. C'est un homme extraordinaire du point de vue médical et humain. Passionné, solide, franc. »
Quant a l'image sociale des amputés. Nicolas l'évoque avec une pointe de révolte. « Il y a une sacrée hypocrisie : on préfère un amputé en fauteuil roulant à un amputé appareillé. Le fauteuil, c'est quelque chose de clair, les positions sont bien établies. Mais l'appareille dérange. On ne sait pas comment le percevoir. Handicapé ou normal ? De toute manière, il existe en France un marche du handicap incroyable et odieux. Les chasses sont segmentées... et bien gardées. C'est pour cela que je veux faire ce film sur Valenton. Je veux que les gens sachent. Je connais des amputés qui sont restés des années en fauteuil avant d'être appareillés car ils ignoraient l'existence d'un tel centre. » Ainsi est né le projet de L'Homme qui marche debout, le film. « Je veux témoigner. Montrer des gens qui aiment se battre, les amputés comme les médecins, les infirmiers ou les kinés de Valenton. Filmer l'espoir dans ce décor un peu futuriste au milieu d'un parc magnifique. Pas question de s'apitoyer sur  les douleurs physiques et morales. J'ai choisi trois cas révélateurs ; Raphaëlle, championne de France de ski, amputée; Stéphane, amputé d'une jambe à la suite d'une erreur médicale, champion de boxe en 1988, qui combat contre des valides; et un vieux monsieur de quatre-vingts ans, amputé en 1920, qui me permettra d'évoquer l'histoire et l'évolution de l'amputation et de l'appareillage depuis près d'un siècle. »
Depuis des mois, Nicolas court partout pour trou ver les fonds nécessaires au tournage. « Le script est prêt, le plan de tour nage est établi, le réalisateur est trouvé. Quant au budget, il se monte à 1,3 million de francs. J'ai déjà obtenu près de 700 000 francs de la part de différents organismes. Et je cherche une diffusion sur une grande chaîne de télévision pour toucher la plus large audience possible. » Nicolas Mercorelli est impatient. Ce film, il le veut et il l'aura.
Bel exemple d'un battant qui a su oublier ce jour gris de novembre 1992 où sa vie a pris un tournant qui aurait pu être funeste. « Grâce à Valenton, ma vie n'a pas changé, je fais aujourd'hui tout ce que je faisais avant. Si on me volait ma prothèse, ce serait pire que d'être amputé. Valenton, c'est ma deuxième famille. » Longue vie à l'homme qui marche debout.

Bruno de LA PERRIERE

Pour en savoir plus :

"L'HOMME QUI MARCHE DEBOUT"
Un Film de François HANSS
avec Raphaële GUELAUD et Stéphane THEVENET
UNE COPRODUCTION NM PRODUCTIONS / SIRPA-ECPA MINISTÈRE DE LA DÉFENSE
Directeur de la Photographie : Bernard MIALE
Musique originale : Carolin PETIT
Auteurs : Nicolas MERCORELLI et François HANSS
Sous le parrainage du Ministère de la Jeunesse et des Sports et de DYSNEYLAND PARIS

En coproduction avec le ministère de la Défense et sous le parrainage du ministère de la Jeunesse et des Sports, Nicolas Mercorelli, conçoit et produit un film de 52 min pour raconter l'immense espoir de ceux qui aspirent à faire leur : "Le monde des hommes qui marchent debout".
Le film décrit le parcours initiatique de deux jeunes handicapés qui "retournent à la vie" en réapprenant, grâce aux chirurgiens et à la prothèse: le pas.
Amputée bilatérale, Raphaëlle, devient championne de ski à force de courage et de détermination.
Stéphane, promu à un brillant avenir sportif, prépare aujourd'hui son DEUG de Sciences ainsi que les Championnats de France de boxe universitaires.
Réalisé magnifiquement par François HANSS, au Centre de Rééducation et d'Appareillage de Valenton (Val de Marne), "L'HOMME QUI MARCHE DEBOUT" est, plus qu'un documentaire précis, un film sublime qui bouleversera tous les publics.

"L'HOMME QUI MARCHE DEBOUT" a obtenu le grand prix du Festival International du Film Médical de Mauriac 1995 dans la catégorie "Éducation pour la Santé".