Dr Patrick SAUTREUIL, M. Didier AZOULAY, M. Marcel Berthet, M. David BROGNARD
« Quand on arrive à courir, on est presque valide »*
Chez
l'adulte jeune ou d'âge moyen, l'amputation du membre inférieur ne signifie
pas la fin de toute activité sportive. Au contraire, par le sport, certains
amputés dépassent leur déficience fonctionnelle et atteignent des résultats
exceptionnels, dans la course et le sprint par exemple.
Leurs performances ont d'ailleurs parfois de quoi faire pâlir les valides : sur
100 m, 11 s 02 pour Brian Frasure, amputé
tibial (USA) et 12 s 86 pour Earle Connor (désarticulé congénital de
genou, aux Paralympiques de Barcelone, son chrono lui aurait permis de figurer
dans la finale des amputés tibiaux : un formidable exploit !)*
Atteindre un tel niveau nécessite la conjonction de prédispositions
physiques, d'un conditionnement sportif et diététique adaptés, d'un contexte
psychologique et d'un entourage favorables mais aussi d'un appareillage
sophistiqué.
Des champions valides contribuent
à la reconnaissance du sport handicapé : Stéphane Diagana, champion du monde
du 400 m est le parrain de l'Association des Sportifs Athlètes Amputés
Francophones.
Les succès des sportifs handicapés lors de manifestations emblématiques comme
les Jeux Paralympiques participent à l'amélioration de l'image du handicap
moteur au niveau de la société.
Le bien-être psycho-physiologique
procuré par le haut niveau d'exercice enclenche une spirale positive qui
retentit sur la qualité de la vie. La course, le sport en général, banalisent
la marche et par conséquent la réadaptation dans la vie quotidienne.
La recherche sur les composants tels les manchons gels de polymères (silicone,
polyuréthane, copolymères...), les pieds dynamiques à restitution d'énergie,
les genoux sophistiqués à contrôle de la phase pendulaire et l'affinement des
protocoles d'appareillage pour ces besoins spécifiques profitent à toute la
filière appareillage, tirée vers le haut par les athlètes.
Le savoir-faire acquis par les orthoprothésistes pour gérer les contraintes
extrêmes qu'entraînent les activités sportives est partagé avec les autres
amputés, non sportifs ou moins actifs.
L'alternance appui / phase
pendulaire s'accélère au cours de la course. La période d'appui diminue avec
l'augmentation de la vitesse : de 40 % unilatéral lors de la marche (plus un
bref temps d'appui bilatéral), on passe à 31 % lors de la course (sans
temps bilatéral, par définition) et seulement
22 % lors du sprint.
Chez certains amputés tibiaux, la symétrie côté amputé/côté valide est
obtenue. Chez les amputés fémoraux, l'asymétrie croît avec la vitesse.
Chez l'amputé tibial, au niveau du
genou, l'amplitude de flexion pour un sprint peut aller jusqu'à 140°. La découpe
postérieure doit être adaptée et libérer les tendons des ischio-jambiers. Le
contre-appui poplité est un obstacle à la flexion (effet de levier sur le bord
postérieur de l'emboîture) dont il faut maîtriser l'importance et le niveau.
Pour l'amputé fémoral, la forme d'emboîture souvent adoptée pour la course
est celle à ischion intégré. La découpe du bord proximal de l'emboîture détermine
les amplitudes articulaires de la hanche. Le bord postéro-interne qui constitue
un obstacle à l'extension physiologique de 20°.
Une quinzaine de pieds prothétiques à restitution d'énergie répartis en quatre classes viennent d'entrer à la nomenclature. (cf. tableau)
Tableau des pieds à restitution d'énergie
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Classe 1 VI8Z101 |
Multiflex (Blatchford/Orthoplus), G-Foot (Springlite/Protéval), Dynastep (Protéor), 1D25 et Greissinger (Otto Bock) ; |
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Classe 2 VI8Z102 |
Multiflex ERF (Blatchford/Orthoplus), Sure-Flex, (Flex-Foot/Orthoplus), Dynapro II (Carbon Sud./ Daw), Carbon Copy HP (Ohio Willow/Protéor), 1D10 (Otto Bock) ; |
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Classe 3 VI8Z103 |
Springlite Gold Medal (Springlite/Protéval), Vari-Flex, Flex-Foot Modular III, Flex-Walk (Flex-Foot/Orthoplus) ; |
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Classe 4 VI8Z104 |
Chopart et Low Profile (Springlite/Protéval) |
Pour des activités comme le
marathon ou le triathlon, la gamme de la classe 3 est la mieux adaptée.
Pour la course et surtout le sprint, le pied le plus utilisé est le Flex
Sprint, une formidable « spatule à courir », mal adapté à la marche qui se
fait avec une boîterie liée aux qualités de ressort de ce pied particulier.
Actuellement, il n'est pas inclu dans la grille de prise en charge.
Le genou est une articulation essentielle à la marche et encore plus à la course. Le genou prothétique doit impérativement garantir la sécurité du pas portant et assurer, au rythme de la course ou du sprint, la présence du pied prothétique au bon moment au bon endroit. Les athlètes amputés fémoraux utilisent des genoux à biellettes avec régulation de la phase pendulaire par un système hydraulique ou des genoux mono-axiaux à régulation hydraulique multiorifices.
Le squelette osseux reçoit les réactions
d'appui au sol directement quand il y a appui terminal (désarticulation,
moignon congénital) ou par l'intermédiaire des parties molles. La peau subit
des contraintes de pression et de cisaillement dans l'alternance de mobilisation
de la prothèse, phase d'appui/phase pendulaire, au rythme extrême du sprint.
Pour prévenir les phlyctènes, les folliculites, les hématomes… il faut réaliser
les bons choix techniques de matériaux, de formes, d'adaptation et
d'alignement.
Le moignon long, offrant un appui distal, un bon équilibre musculaire et une
mobilité parfaite est le plus efficace.
Pour les amputés tibiaux, lorsque l'épreuve est longue (marathon,
triathlon...), il se produit une réduction de volume du moignon qui doit être
compensée en cours d'épreuve soit par un changement de manchon, soit par
l'adjonction d'un bonnet.
A chaque appui au sol, des forces atteignant jusqu’à 5 fois le poids du corps sont transmise par la prothèse au moignon et aux articulations sous-jacentes. Pour les sports de saut (basket, volley...) l'interposition d'un module d'amortissement des chocs est préconisé. Pour les sports de vitesse, c'est le Flex-Sprint qui joue ce rôle.
Le coût énergétique supplémentaire de la marche en terrain plat d'un amputé tibial est estimé à 30-35% par rapport à un individu valide. Il augmente pour les niveaux d'amputation supérieurs.
On cherche à solidariser le moignon et l'emboîture pour obtenir l'efficacité optimale et limiter les mouvements parasites sources de complications cutanées. La forme de l'emboîture est obligatoirement orientée pour stabiliser le moignon dans l'emboîture et permettre une mobilisation efficace de la prothèse.
Au niveau tibial, on choisit une emboîture à « double succion » :
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la « succion » manchon-moignon : le manchon en gel de polymère (silicone, uréthane...) qui facilite la répartition des pressions, l'amortissement des chocs, la réduction des forces de cisaillement, | |
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la « succion » manchon-emboîture grâce à la valve d'expulsion de l'air situé entre manchon et emboîture. | |
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Le tout est complété par une gaine de suspension étanche qui enveloppe l'ensemble cuisse/emboîture et réalise une fermeture de l'espace virtuel moignon-manchon-prothèse. L'appui est globalisé de telle façon que le patient soit incapable de situer un point précis de pression. La découpe postérieure de la prothèse libère la flexion du genou. En général, la forme proximale de la découpe est proche de la PTB (Patellar Tendon Bearing), c'est-à-dire qu'elle atteint latéralement le milieu des condyle fémoraux (cf schéma). |
Au niveau fémoral, la double coque est la plus utilisée :
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l'emboîture interne, en matériau semi-rigide, reçoit le moignon. Elle intègre l'ischion, le grand trochanter, la branche ischio-pubienne. La sinuosité de sa découpe libère des amplitudes maximales à la hanche. | |
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L'emboîture rigide, limitée par rapport à la précédente, laisse une collerette souple en périphérie. Reliée à l'articulation de genou, à la jambe et au pied, elle transmet les forces de propulsion du moignon et lui renvoie les réactions du sol. |
L'entraînement
Il se déroule habituellement dans
un club de valides. Le sportif amputé s'entraîne avec eux, il adopte leurs
protocoles et bénéficie de leur encadrement technique. Le matériel prothétique
est optimisé en fonction des progrès par un orthoprothésiste averti.
La Fédération Française Handisport assure l'encadrement de stages et
l'organisation de meetings.
Les moyens prothétiques spécifiques d'une réadaptation aux activités sportives ne sont pas supportés par les organismes de prise en charge. Les difficultés d'acquisition de composants sophistiqués et coûteux (les prothésistes prêtent souvent du matériel et se transforment de fait en sponsors) et de couverture des frais (vêtements, licences, déplacements...) limitent l'épanouissement d'un grand nombre d'amputés sportifs.
A l'aide d'un appareillage approprié,
les amputés sportifs réalisent des performances exceptionnelles, dans la
course et le sprint en particulier, au niveau des clubs, lors des rencontres
Handisport ou des Jeux Paralympiques.
De tels niveaux de compétence garantissent une meilleure intégration
fonctionnelle, psychologique, sociale, au quotidien.
Les concepteurs de composants, les orthoprothésistes, les équipes médicales,
paramédicales et techniques des centres de rééducation et d’appareillage,
l'entourage des amputés, chacun à sa façon, contribue à cette dynamique.
Site Internet : www.topteam.de
Ce site allemand, en anglais, donne quantité d'informations sur les performances des athlètes amputés comme les résultats des derniers Jeux Paralympiques d'Atlanta, les programmes pour Sydney 2000…
Centre
d'Appareillage, Val de Fontenay
94135 Fontenay Sous Bois
Orthoprothésiste CERAH
Orthoprothésiste Nice
Orthoprothésiste Berck
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