Témoignage de Jean-Luc Obadia

Quels sont les problèmes posés par la prothèse?

Tout d’abord, on ne peut pas la maintenir en position fixe : les cahots de la route, les modifications de trajectoire font que le pied ripe peu à peu du repose-pied et que tout d’un coup c’est toute la jambe qui descend vers le bas ! Et pas question d’attacher le pied sinon, à l’arrêt, on fait comment?

La position de conduite et l’assise peuvent être inconfortables du fait de l’emboîture qui peut remonter haut sur la fesse et du genou, dont le degré de flexion peut être limité : il y a donc un compromis à trouver pour pouvoir conduire sans fatigue. L’idéal est de pouvoir régler les hauteurs de guidon, de selle et des repose-pieds.

Le béquillage de la moto ne m’a pas posé de problème : étant amputé de la jambe droite, je prends appui sur la prothèse et utilise le pied gauche pour manoeuvrer l’ergot de la béquille centrale. La W650 n’étant pas difficile à béquiller (malgré ses 220 kg) il n’y a eu aucun apprentissage particulier à faire.

Le démarrage (en situation normale, sur terrain plat) se fait en deux temps : les deux pieds à plat sur le sol, moteur au point mort, démarrage électrique…

puis prendre appui sur la jambe droite et passer la première….. embrayer et démarrer en levant légèrement le genou droit (la prothèse décroche du sol)….

prendre un peu de vitesse et dès que l’équilibre est assuré, lâcher la main droite qui va prendre la prothèse pour la caler sur le repose-pied.

Au bout de quelques jours la manoeuvre devient automatique.

Les difficultés ? En ville, bien sur ! Il m’est arrivé de faire plusieurs centaines de mètres la prothèse dans le vide, avant de pouvoir trouver l’espace dégagé suffisant pour la caler.

La conduite à allure normale (50 en ville, 90 sur route) ne pose pas d’autre problème que le maintien de la prothèse en position fixe, à tel point qu’on l’oublie vite, trop vite ! A grande vitesse ? Je ne sais pas, je n’ai pas essayé !

A faible vitesse j’ai eu (pendant mes deux mois de conduite en solo) de grosses difficultés pour les virages serrés sur la droite. Sans doute l’appréhension de la chute avec l’impossibilité de se rattraper de ce côté, ou un problème de position du corps…. Je n’ai pas élucidé et n’ai pas essayé de trop approfondir en cherchant les limites.

L’arrêt ? Ca se complique : il faut le prévoir ! Ou alors on fait comme un avion qui n’a pas sorti son train d’atterrissage d’un côté…. pas beau à voir. L’idéal est de s’arrêter, la moto en parfait équilibre et, d’une petite poussée sur le guidon de la main gauche (c’est à dire tourner le guidon vers la droite) diriger l’inclinaison de la moto vers la gauche… et poser le pied ! Le paragraphe est court parce que c’est soit la réussite, soit la chute (je considère comme exceptionnelle la fois où j’ai failli tomber à un Stop et ou j’ai réussi à me rattraper à force de contorsions de tout le corps, comme un Cow-boy au rodéo).

La chute a son paragraphe dédié ! D’abord il faut dédramatiser : ça se passe à l’arrêt, c’est pas bien grave. La prothèse est coincée sous la moto ? C’est pas ça qui fait mal. Non chuter est embêtant parce que tout seul je n’arrive pas à redresser la moto. Les valides ne se rendent pas compte à quel point les deux jambes sont nécessaires au moindre effort : pousser une porte à fermeture automatique (celles qui sont dures à ouvrir), porter un paquet lourd, etc…

Alors relever 200 kg de ferraille ! Enfin, les quelques fois où ça m’est arrivé il y avait toujours quelqu’un. Même l’aide d’un gamin peut suffire pour relever la moto, c’en est vexant !

Les solutions? Le pare-carter qui évitera les gros dégâts (genre carter rayé, clignotant cassé, guidon tordu) ou le side-car.

Le side-car.

C’est de toute façon AUTRE CHOSE que la moto

Il faut tout oublier de la conduite de la moto et ne pas croire non plus qu’on ne peut plus tomber. Une moto chute ; un side, ça se retourne, même à basse vitesse

Par contre gros avantage pour l’amputé de jambe droite que je suis : le side est à droite et j’ai pu confectionner un repose-pied supplémentaire pour la prothèse, genou moins plié = meilleur confort.

Question aménagement du side, mon handicap n’a rien nécessité de plus que pour l’aménagement de la moto solo.

L’aménagement

En fonction de mon handicap il a fallu trouver un moyen pour actionner le frein arrière autrement qu’avec la pédale au pied droit.

Diverses solutions sont possibles (voir sur le site d’HMS Handicap Motard Solidarité)

  • Le frein au pied gauche (par pédale parallèle ou au talon),
  • Le frein au pouce gauche (une manette en opposé du levier d’embrayage),
  • Le frein à main gauche (un levier supplémentaire situé en dessous ou au-dessus du levier d’embrayage).

Pour des raisons de simplicité j’ai choisi le levier à main gauche, et, après plusieurs essais, levier de frein au dessus de l’embrayage. C’est ce qui me convient le mieux !

 

Comme la roue arrière est équipée d’un frein à tambour, c’est un deuxième câble qui part du levier (à l’origine un câble de frein de Quad) pour arriver à la biellette du tambour (allongée pour augmenter l’efficacité du freinage) équipée pour recevoir ce câble supplémentaire. Le frein arrière peut donc s’actionner de deux façons: main gauche ou pied droit (mais pas pour moi) .

 

A l’usage j’ai quand même retiré la pédale de frein, celle-ci n’étant pas compatible avec le repose-pied supplémentaire.

Ce montage a le mérite de préserver le système d’allumage du feu stop: le déplacement de la biellette du tambour va agir sur la tige de frein d’origine (à gauche sur la photo) et sur le contacteur stop.

L’efficacité du freinage dépend de la force exercée sur le levier et de la longueur des différents bras de levier (manette au guidon et biellette de tambour).

J’ai essayé d’agir sur les deux en utilisant pour le frein au guidon un levier d’embrayage de Kawasaki 1300 et en faisant rallonger par le serrurier de Clermont l’Hérault la biellette de tambour.

L’inconvénient est qu’en augmentant la course il faut diminuer la garde, ou avoir de très grandes paluches. Je pense être arrivé à un compromis acceptable entre efficacité de freinage et rapidité d’action (temps que mettent les doigts de la main pour arriver en bonne position sur le levier de frein). Mais c’est pas terrible l’hiver, avec de gros gants et le froid qui vous engourdit.